L’hébergement des personnes âgées en établissement en France

Tantôt pointé du doigt pour des faits divers malheureux, tantôt accusé de procurer à quelques acteurs privés de confortables rentes sur le dos de pauvres retraités, le secteur de l'hébergement des personnes âgées en établissement est un grand incompris.

Sans prétendre à l'exhaustivité, tentons ici de faire la lumière sur les aspects principaux du secteur, chiffres à l'appui. Car si certains reprochent que l'on ne sache pas toujours ce qui se passe derrière les murs des Ehpad, encore faut-il accepter qu'il n'existe pas, dans ce secteur, une seule réalité...

Quelques chiffres-clés

En France, fin 2015, 728 000 personnes fréquentent un établissement d’hébergement pour personnes âgées, soit 6% de la population âgée de plus de 65 ans. C'est au final une proportion assez faible, et qui, nous le verrons, concerne en réalité la part la plus âgée de cette classe d'âge.

Pour les accueillir, la France compte 10 600 établissements d'hébergement. Le nombre de places s’est toutefois développé moins vite (+5 % entre 2011 et 2015) que la population des plus de 65 ans n’a crû (+12 % dans la même période) du fait de l’entrée d’une partie de la génération du Baby Boom dans cette classe d’âge. Les professionnels du secteur alertent d’ailleurs depuis plusieurs années sur une forte croissance des besoins à venir, conséquence logique du vieillissement de la population française.

Notons d'ailleurs la confusion assez largement répandue entre établissement d'accueil pour personnes âgées et Ehpad (Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes), ces derniers constituant une sous-catégorie des premiers, à hauteur de 70% du total de places. D'autres formes d'accueil coexistent : résidences autonomie (autrefois appelées "logements-foyers"), Unités de Soins de Longue Durée - USLD, maisons de retraite...

Profil-type des résidents

Les femmes sont particulièrement représentées dans la population des résidents d’établissements (3/4), ce qui est assez cohérent compte tenu de l’âge élevé des résidents et de la forte proportion de femmes dans le haut de la pyramide des âges en France. Les femmes en établissement sont également davantage seules, puisque 91% d’entre elles n’ont pas de conjoint.

La médiane des entrées en établissement se fait à 87 ans et 5 mois, avec une tendance à l’augmentation. Un signe que les Français, dans leur grand âge, sont de plus en plus attachés à leur domicile ?

Parmi les résidents, 35% souffrent d’une maladie neurodégénérative, comme les maladies d’Alzheimer ou de Parkinson, ce qui là aussi est plutôt en phase avec l'âge avancé des résidents. D’ailleurs près d’un Ehpad sur deux (47%) déclare disposer d’une unité spécifique pour personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

Les niveaux de dépendance des résidents

La grille AGGIR (Autonomie Gérontologie Groupe Iso-Ressources), outil de mesure de la perte d'autonomie, permet de situer la personne selon son niveau de dépendance. Elle fait état de 6 niveaux de dépendance :

  • GIR 1 à 2 : état de dépendance totale ou sévère
  • GIR 3 à 4 : état de dépendance légère ou modérée
  • GIR 5 : état de dépendance très légère
  • GIR 6 : personnes totalement autonomes

Les Ehpad sont des établissements médicalisés spécialisés dans l’accueil de personnes dépendantes, il n’est donc pas surprenant que la moitié des résidents présentent une perte d’autonomie avancée ou très avancée. Notons d’ailleurs que les entrées en Ehpad s’accompagnent d’un niveau de dépendance de plus en plus élevé avec le temps - ce qui est cohérent avec le recul de l’âge évoqué plus haut.

Plus surprenant, environ 1 résident sur 6 est considéré comme autonome ou quasi-autonome, ce qui peut sembler contradictoire avec la mission centrale de ces établissements. Soulignons toutefois que derrière ces chiffres globaux se cachent des réalités différentes, puisque certains établissements autres que les Ehpad ont davantage vocation à accueillir des résidents autonomes : c’est ainsi le cas - en général - dans les résidences services et les résidences autonomie. Notons enfin que les Ehpad accueillent également, dans une proportion réduite, des résidents autonomes qui par exemple souffrent d’isolement social.

Besoins d’aide dans les gestes de la vie quotidienne

Nous l’avons vu, la très large majorité des résidents d’établissements sont dépendants. Derrière ce terme se cachent des besoins variés, qui peuvent être isolés (GIR 3-4), ou se cumuler (GIR 1-2). Les besoins relatifs aux difficultés motrices - habillage, toilette… - s’avèrent très courants, même si ceux relatifs aux difficultés cérébrales - expression, orientation spatio-temporelle… - sont également fréquents.

Au-delà de chiffres qui ont tendance à globaliser les phénomènes et à standardiser les besoins - du moins en apparence -, la réalité est plus complexe. Chaque établissement est donc - sauf dans les cas particuliers de ceux dédiés à certaines pathologies - composé de publics aux besoins variés, ce qui requiert une organisation réactive et, surtout, des compétences à la fois larges et spécifiques de la part du personnel intervenant au quotidien auprès des résidents.

Le personnel dans les différents établissements

On dénombrait, en 2015, 500 000 professionnels travaillant en établissement d’accueil pour personnes âgées. Les femmes y sont surreprésentées dans l’ensemble des métiers (87%), et en particulier aux postes d’aide-soignante (93%) et d’infirmière (92%).

Le taux d’encadrement (la part de professionnels rapportée au nombre de résidents) se situe autour de 60%, mais cache là encore des disparités, puisqu’un Ehpad requiert, du fait de la part importante de résidents en situation de dépendance, davantage de personnel qu’une résidence autonomie par exemple. Quoi qu’il en soit, et même si ce taux progresse avec le temps en France, il est souvent pointé du doigt en comparaison de pays voisins, notamment le Danemark ou l'Allemagne.

Des difficultés de recrutement

On dénote beaucoup de difficultés de recrutement parmi ces professions : 44% des Ehpad déclarent rencontrer des difficultés de recrutement sur l’ensemble de leur personnel, et plus spécifiquement pour les postes de médecin-coordinateur et d'aide-soignant·e.

Comme on peut s'en douter, la crise sanitaire de la Covid-19 a exacerbé la pénurie de personnel. Alors que les métiers concernés sont déjà en tension en temps normal, les conditions exceptionnelles ont aggravé la situation, et sont même à l'origine d'une forme de compétition entre structures hospitalières et Ehpad dans la course au recrutement de profils devenus de plus en plus rares.

Conclusion

Difficile de brosser de manière synthétique un portrait de l'hébergement des personnes âgées en établissement en France, tant ce secteur recouvre de particularités et concentre de disparités !

Retenons toutefois quelques enseignements marquants :

  • La part des plus de 65 ans en établissement d'hébergement est au global très faible (6%);
  • Les femmes y sont très majoritaires, et y vivent très souvent seules;
  • La moitié de résidents présentent un niveau de dépendance sévère ou totale;
  • Parmi le personnel, les femmes sont surreprésentées (87%);
  • Le secteur compte des métiers en forte tension, générant des difficultés de recrutement chronique, aggravées par la crise sanitaire de la Covid-19.

Chacun des aspects rapidement présentés ici mériterait un développement à part entière, et c'est d'ailleurs ce que nous vous proposerons prochainement.


Sources

  • Enquêtes auprès des établissements d'hébergement pour personnes âgées (EHPA) 2011 et 2015 - DREES
  • Recensement de la population (Estimations 2015) - INSEE