Chômage partiel : des employés à domicile dans l’inconnu

“J’attends après mon salaire”. Une enquête menée par Keradom met en évidence les conséquences du confinement pour les employés à domicile. Au premier plan, des lacunes du dispositif de chômage partiel, dont 40 % des sondés disent être privés.

Qui sont les employés à domicile concernés ?

502 employés à domicile ont participé à cette enquête. Les principales professions y sont représentées : aide-ménagères, aides à domicile, auxiliaires de vie, assistantes maternelles, auxiliaires parentales.

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Ces salariés ont en moyenne 5,2 employeurs, ce qui est très au-dessus de la moyenne observée, établie à 2,4 employeurs par salarié (données 2017). Les répondants sont donc particulièrement actifs et expérimentés ; leur point de vue n'en a que plus de valeur pour l'enquête.

Au total, 90 départements de France métropolitaine sont représentés parmi les sondés.

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Une activité fortement réduite

La première conséquence du confinement est une baisse notable de l’activité des employés à domicile, toutes professions confondues.

Plus de la moitié des sondés (56 %) déclarent ne plus travailler du tout. Seule une très faible minorité (8 %) a conservé un niveau d’activité à 100 %.

Les employés à domicile qui ont maintenu une activité, totale ou partielle, réalisent principalement de l’aide essentielle auprès de personnes âgées dépendantes (59 %) mais beaucoup déclarent réaliser encore des tâches non essentielles, de type ménage, jardinage, etc. (53 %).

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Chômage partiel : un dispositif sous-utilisé

Un dispositif d’indemnisation exceptionnelle mis en place par Cesu et par Pajemploi permet de rémunérer à hauteur de 80 % les heures prévues mais non réalisées en raison du confinement. Pourtant, plus de 4 employés à domicile sondés sur 10 n’ont pas bénéficié de ce chômage partiel.

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Plusieurs facteurs expliquent ce chiffre, notamment un délai de mise en œuvre plus long que pour le dispositif propre aux entreprises, et un manque d’information claire à destination des employeurs comme de leurs salariés.

“Nous avons reçu beaucoup de questions d'employeurs et de salariés qui s'interrogeaient sur la marche à suivre. Même une fois le dispositif en place, chacun y allait de son interprétation.” - Guillaume Vanneste, co-fondateur de Keradom

Dans ce contexte d’incertitude, des particuliers employeurs ont même engagé des procédures de licenciement après le début du confinement (concernant 5 % des sondés).

Des difficultés au quotidien

Interrogés sur les difficultés qu’ils rencontrent, les employés à domicile citent notamment :
• La perte de revenus, “la peur de ne pas y arriver financièrement” ;
• L’isolement, la frustration, “l’impression d’être inutile” ;
• Le manque d’informations ;
• Des relations compliquées avec leur employeur, qui “refuse de respecter le confinement” ou se montre “de mauvaise foi” : “Ils nous prennent pour des mouchoirs” se désole une aide-ménagère de l’Eure.

Ceux qui ont maintenu une activité, totale ou partielle, soulignent plus particulièrement la difficulté à obtenir un équipement adapté pour réaliser leurs interventions dans les conditions sanitaires requises : masques, gants, gel hydroalcoolique.

“Chaque jour j’ai peur de contaminer et d’être contaminée.” - une aide à domicile de Dordogne

Au cœur des attentes : une plus grande sécurité juridique et financière

Première attente des sondés : que le cadre légal soit respecté. Ainsi, 47 % citent “être mieux informé de mes droits” et 41 % “que mes employeurs respectent mieux leurs obligations”. Ils sont également 32 % à souhaiter trouver de nouveaux employeurs.

Souvent confrontés à un relatif isolement du fait de leur statut, les employés à domicile interrogés déclarent vouloir bénéficier d’outils pour faciliter leur travail au quotidien (22 %) et échanger avec d'autres salariés à domicile près de chez eux (19 %).

Ces difficultés ne semblent toutefois pas amener de remise en cause majeure : seulement 6 % des sondés sont prêts à renoncer à leur indépendance pour rejoindre un organisme prestataire, et 9 % déclarent vouloir changer de secteur d’activité.

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Conclusion : la nécessité d’un meilleur accompagnement des employés à domicile

Le confinement impacte de plein fouet les employés à domicile. Les mesures d’indemnisation qui devaient permettre d’assurer le maintien d’un revenu partiel sont malheureusement mal comprises et mal appliquées, ce qui génère de nombreuses - et légitimes - inquiétudes. Les employés à domicile, qui restent attachés à leur indépendance, souhaitent pouvoir exercer leur métier dans des conditions plus favorables.

Lucas Fialaire, co-fondateur de Keradom, précise : “Aussi exceptionnelle que cette épidémie puisse être, elle met plus que jamais en lumière la nécessité de mieux accompagner les employés à domicile au quotidien, notamment en veillant au respect du cadre légal et en leur fournissant des outils qui facilitent leur travail. Les particuliers employeurs y ont tout intérêt, car cette revalorisation de la profession permettrait d’améliorer la qualité des services rendus, de réduire le phénomène de turn-over des intervenants et d’endiguer le recours au travail dissimulé.


Enquête réalisée du 6 au 9 avril 2020 auprès de 502 employés à domicile issus de 90 départements de France métropolitaine

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Guillaume

Marié et père de deux petites filles, il connait par coeur une bonne partie du registre musical de Disney 👸. Après avoir occupé plusieurs postes à responsabilités, il crée Keradom en 2018.